Les gardes n’ont rien vu
Pourtant tout s’est déroulé là devant leurs yeux.
L’ange qui roule la pierre
Et ils ne voient rien.
Ils étaient là pour surveiller, scruter, garder, protéger, éloigner les curieux, empécher qu’on le vole, qu’on profane sa tombe, qu’on ouvre sur le monde, qu’on visite, qu’on adore…
Ils étaient là pour qu’on ne le voit pas
Pour qu’on ne le voit plus
Ils étaient là en mission, envoyés là par d’autres :
des gens sérieux
des gens qui savent,
des gens qui voulaient protéger la foule
De ses paroles,
De ses gestes,
De son message,
De sa présence,
Des gens qui ont tout fait pour le faire taire,
Des gens qui l’ont cru-cifié faute d’avoir cru en lui.
Les gardes n’ont rien vu
Ils étaient là pour obéir, pour obéir aveuglément
Ils étaient là pour garder
Pas pour regarder
Du moins n’en avaient ils pas reçu l’ordre
Ils n’ont rien vu, il ne pourront rien dire de ce matin-là
Ces gardes seront des tombeaux
Muets, vides et muets…
Les femmes voient et croient
Peut-être parce qu’elles cherchent
Elles sont venu le voir
Elles ont fait le chemin
Il a fait le chemin
Et elles ont reconnu…
Les femmes voient et croient.
Elles sont venues pour voir l’impossible
Parce qu’elles ne veulent pas s’arréter à la mort,
A la pierre,
Au tombeau fermé
Elles sont venues
Parce qu’en elles quelque chose ou quelqu’un murmurait de le chercher encore
Que tout ne pouvait pas finir là, à la croix.
Elles regardaient, elles cherchaient…
Il l’avait dit de son vivant
Enfin, du temps de sa présence avec les disciples
Apprenez à regarder comme Dieu mon Père regarde
Tes pensées ne sont pas celles de Dieu mais celles des hommes avait-il dit à Pierre
Si vous ne ressemblez à cet enfant vous n’aurez pas de place dans le royaume.
Il s’était arrété devant l’arbre de Zachée le voleur
Il n’avait pas jeté de pierre sur la femme pécherese
Il avait passé du temps au puits de la samaritaine
Il s’arrétait pour les lépreux
Pour les malades
Pour les boiteux, pour les aveugles
Il avait lavé les pieds de ses disciples et même ceux de judas
Il avait été crucifié sur la croix
Entre des bandits
Et il avait pardonné, même à ses bourreaux
Comment mieux dire que Dieu ne regarde pas comme les hommes.
Les femmes voient
parce qu’elles ont appris,
en l’écoutant,
en le suivant,
en vivant avec lui,
comme tant de ses disciples,
A regarder autrement le monde, les autres et Dieu lui-même
Comment expliquer leur foi immédiate,
Qu’elles le reconnaissent si vite,
Et s’en aillent crier jusqu’à nos oreilles aujourd’hui qu’il est ressuscité ?
Notre monde se garde de tant et tant de risques
Qu’il ne regarde plus
Ou ne regarde pas
Qu’il cherche sans chercher
Et sans voir où il va
Qu’il se garde de tout et même de lui-même
Qu’il se garde de Dieu
Parce que Dieu est mort Monsieur c’est bien connu
Et que cela nous arrange tellement de le penser…
Ce soir nous pouvons choisir
De garder le silence, muets comme des tombeaux
Ou de chercher ici comme au matin de Pâques
Les trâces de Dieu dans nos vies et dans la vie du monde.
Nous pouvons choisir d’être gardes ou, comme ces femmes, disciples
De rester aveugle ou de voir
D’éviter soigneusement de regarder,
Ou décider de regarder ce monde avec les yeux de Dieu.
Choisir de ne rien dire ou de témoigner de sa vie et de son amour
De rester bien plantés dans nos sécurités ou d’avancer sur les route de notre temps à sa rencontre
En galilée, là où il nous dit : je serai avant vous.
Et si nous choisissons la Galilée sachons bien de quoi elle est faite
Ni de bien pensants, ni de parfaits,
La Galilée est le monde des païens, des voleurs,
des brigants, des malades,
des boiteux, des pécheurs, des mourants,
des petits et des pauvres,
le monde des bourraux, des victimes,
le monde blessé, perdu, vagabon,
le monde la solitude et de l’abandon…
C’est là qu’ils nous attend, c'est là qu'il est présent.
Ce soir nous pouvons choisir :
Les gardes n’ont rien vu : Nous pouvons choisir de garder ce que nous pensons maîtriser
Les femmes le voient : Nous avons le choix d’aimer comme Dieu aime
Fêter Pâques, voyez vous, ça peut changer nos vies et pourquoi pas le monde.
Michel